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Disparition de l'écrivain et intellectuel russe Alexandre Soljénitsyne.

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Disparition de l'écrivain et intellectuel russe Alexandre Soljénitsyne.

Message par condorcet le Lun 4 Aoû - 2:44

Avec Alexandre Soljénistyne, meurt l'une des grandes figures de la littérature russe, de la vie intellectuelle mondiale et l'un des plus farouches détracteurs de l'ex-URSS. A posteriori , cette renommée peut surprendre : J'ai choisi la liberté de Victor Kravchenko (1947), Le Zéro et l'Infini d'Arthur Koestler (1952), l'Aveu d'Artur London (1968) avaient révélé avant lui les secrets les plus lourds de l'empire soviétique : procès politiques, camps de concentrations, internement des opposants, tous éléments traduisant un régime totalitaire en marche. A Soljénitsyne, revient donc la persévérance, le souci de l'administration de la preuve et l'influence que ses ouvrages trouvèrent dans l'opinion publique occidentale, notamment en France. C'est de la réception française de Soljénitsyne au petit écran dont je vous parlerai brièvement ce soir car elle recoupe plus ou moins mes travaux de recherche en cours. On attribue traditionnellement à Bernard Pivot, le mérite d'avoir révélé l'auteur d' Ivan Denissovitch , du Pavillon des cancéreux, et surtout de l'Archipel du Goulag . L'histoire est étrange : c'est Marc Gilbert, producteur du magazine littéraire Italiques qui évoque l'ouvrage par qui le scandale arrive dans l'émission du 11 janvier 1974. Malgré la présence sur le plateau de l'éditeur et traduction en France de Soljénitsyne, Nikita Struve, l'écho n'est pas immédiat, l'événement éditorial modeste (la parution en langue russe de l'Archipel du Goulag en France), l'audience et la programmation insuffisantes du magazine littéraire retardent l'affrontement idéologique. Avec la parution de l'édition française, c'est alors que les hostilités commencent : en 1974, le PCF réalise encore des scores électoraux importants, est un allié de poids du PS dans le Programme Commun, détient des positions de choix dans le monde intello-médiatique : L'Humanité , Les Lettres françaises, Aragon dénoncent violemment l'ouvrage de Soljénitsyne. Bernard Pivot, producteur d' Ouvrez les Guillemets , organise un affrontement télévisuel qui prélude ceux d' Apostrophes : sur son plateau et en compagnie de ses chroniqueurs et de Nikita Struve, Max-Pol Fouchet met en cause la valeur littéraire de l'ouvrage face à Jean Daniel qui souligne la valeur testimoniale de l'ouvrage tandis qu'André Glusckmann, ancien membre de la Gauche Prolétarienne étrène contre Francis Cohen la veine jamais tarie de l'antitotalirisme à la française. 1974 est un carrefour de la vie intellectuelle française, où les gauchismes à leur apogée croisent l'antitotalitarisme promis à un bel avenir. Le 11 avril 1975, à Apostrophes, Bernard Pivot a le bonheur de transformer l'essai en invitant l'écrivain soviétique en personne pour le Chêne et le veau en compagnie d'un parterre d'invités où Jean D'Ormesson croise le fer avec Jean Daniel ;
- "- 00.50.00. D’Ormesson : « on voit bien que vous n’avez jamais été au Goulag vous… »
- Pivot : « non, je vous en supplie… »
- Daniel « qu’est-ce que ça veut dire ça ? Je ne peux pas laisser passer ça. Je n’ai jamais prétendu avoir été au Goulag… ».
Ce coup médiatique (la 1ère parution à la télévision française de Soljénitsyne) et la notoriété de l'écrivain (Prix Nobel de littérature en 1970) méritent bien un Grand Entretien que Benard Pivot se fera une joie d'accorder en allant interviewer dans sa maison du Vermont l'écrivain entouré de sa famille, un Apostrophes diffusé le 9 décembre 1983.

Le succès éditorial de l'Archipel du Goulag est un prélude au déclin du marxisme en France. Il est indissociable d'une évolution de la médiation littéraire où le témoignage et l'essai prennent le pas sur le roman et plus encore sur le théâtre, la poésie, les nouvelles. La réception de Vladimir Nabokov (lisant ses fiches devant la caméra) et d'Alexandre Soljénitsyne (Pivot demandait à l'écrivain de parler pendant une minute pour que le public puisse s'imprégner de sa voix, la traduction étant assurée par son éditeur Nikita Struve, avant de laisser l'interprète maison assurer le doublage en direct) assirent la légitimité sinon la gloire d' Apostrophes . Plus globalement, on peut remarquer la force de l'aire culturelle russe en littérature durant ce grand XXème siècle : Gorki, Nabokov, Brodsky, Soljénitsyne, Pasternak...

Quelques archives télévisuelles :
http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&from=fulltext&full=solj%E9nitsyne&datedif_annee1=1974&num_notice=1&total_notices=10
http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&from=fulltext&full=solj%E9nitsyne&datedif_annee1=1975&num_notice=1&total_notices=13
http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&from=fulltext&full=solj%E9nitsyne&cs_page=0&cs_order=0&datedif_annee1=1983&num
_notice=3&total_notices=8

Quelques précisions concernant les émissions littéraires évoquées dans ce message :
- Italiques (1er novembre 1971 – 13 décembre 1974), producteur : Marc Gilbert, périodicité hebdomadaire, 2ème chaîne de l'ORTF, noir et blanc puis couleur, nouveau générique créé par Jean-Michel Folon et Ennio Morricone en 1973. Le plateau de ce magazine littérature réunit autour de Marc Gilbert et de ses chroniqueurs (Max-Pol Fouchet, Jean-Jacques Brochier, Jacques Legris, Marc Ulmann) les invités de la semaine.
- Ouvrez les guillemets (2 avril 1973 – 25 novembre 1974, production : Bernard Pivot, périodicité hebdomadaire).1ère chaîne de l'ORTF, noir et blanc. Le plateau de ce magazine littéraire comprend le présentateur Bernard Pivot, ses chroniqueurs (Michel Lancelot, André Bourin, Thierry Defert, Gilles de Bure, Jean-Pierre Melville, Gilles Lapouge) et ses invités. Bernard Pivot y fait ses premières armes à la télévision et rencontre un véritable succès d'audience.
- Apostrophes (10 janvier 1975 - 22 juin 1990) est produit et présenté par Bernard Pivot sur Antenne 2 (et en couleur), en compagnie de Gilles Lapouge durant le premier semestre 1975 et seul ensuite. Son audace, la résolution de dépasser le cadre de la littérature, une programmation avantageuse (tous les vendredis à 21 h 40) permet à Pivot de donner à Apostrophes l'image de l'émission littéraire par excellence.

condorcet

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Re: Disparition de l'écrivain et intellectuel russe Alexandre Soljénitsyne.

Message par condorcet le Mar 5 Aoû - 16:08

Notes de visionnage de l'émission Apostrophes du vendredi 9 décembre 1983, "Alexandre Soljénitsyne" (durée : 1h 20) rediffusée le lundi 4 août 2008 sur France 2 à 22 h 55

Apostrophes a été rediffusé un lundi et fait inédit, peu avant 23 h, soit l'horaire le plus tardif jamais consenti à l'illustre émission littéraire.
Tout d'abord, doit-on s'agacer de la publicité faite à la disparition de l'écrivain Soljénitsyne ? Le conservatisme patriotique, religieux, mystique fidèle à la Grande Russie de Soljénitsyne réprouve l'athéisme et le nivellement des hiérarchies sociales induit par l'URSS. Dès 1975, lors de sa première apparition à la télévision française, ces traits de la pensée de l'écrivain russe affleurent. L'engagement tardif de Soljénitsyne en faveur de Vladimir Poutine ne saurait donc constituer une rupture, sauf à interpréter en des termes très occidentaux une oeuvre profondément ancrée dans l'imaginaire russe.

a/ Le contexte : 1983, année singulière.

C'est celui-ci que Bernard Pivot était allé interviewer à la Toussaint 1983 dans sa propriété de Cavendish (Vermont). La date mérite explication et l'on peut regretter qu'un propos introductif de quelques minutes n'ait pas remis en perspective une émission aussi prestigieuse. 1983 est l'apogée de la dernière phase de la guerre froide, marquée par une nouvelle course aux armements nucléaires (crise des euromissiles : SS20 soviétiques contre Pershing américains). Cette année est la plus glorieuse de l'histoire de la chaîne de télévision Antenne 2, sous l’impulsion de son PDG Pierre Desgraupes, la plus regardée de France, dont le fleuron Apostrophes réunissaient 3,5 millions de téléspectateurs, soient 12% des téléspectateurs. Soljénitsyne a alors publié ses ouvrages majeurs et travaille à l'achèvement de son immense histoire de la Russie du XXème siècle, La Roue rouge . On pourrait aussi noter le poids pris par les dissidents soviétiques dans l’opinion occidentale.

b/ La gloire d’ Apostrophes à son apogée

Cet Apostrophes appartient à la veine des Grands Entretiens et des émissions spéciales où l'artefact des duels s'efface devant une introspection consentie par l'auteur. Le genre est tributaire de la volubilité de l'écrivain. A cette aune, Soljénitsyne excelle à parler de lui, de l'élaboration de son oeuvre en points nodaux : son histoire de la Révolution russe commence ainsi en 1905 avec la 1ère Révolution russe et la création de la Douma, se prolonge avec l'assassinat du premier ministre Stolypine en 1911 (prélude selon Soljénitsyne à l'exécution des Romanov à Iekaterinbourg en juillet 1918), file jusqu'à Août 1914 et le funeste engrenage qui conduit à la 1ère guerre mondiale, s'achève avec les Révolutions russes de février et d'octobre 1917. Une émission rare, peut-être une des plus abouties de la collection, où Bernard Pivot, par des questions brèves, laisse - enfin- à l'invité tous les silences, les intonations, les interstices nécesssaires pour expliquer son univers littéraire. Un monde âpre de lutte avec la langue (l'écrivain travaille alors à un dictionnaire de mots peu usités de la langue russe), d'éclectisme (où l'histoire - certes fondée sur des sources mais assujettie à une vision très singulière et restrictive - tient une grande place), de solitude (comme beaucoup d'exilés, Soljénitsyne a la nostalgie de la Rodina - la Mère Patrie). Son domaine de Cavendish dans le Vermont, magnifié par le petit écran est un quasi phalanstère, ou une abbaye de Thélème, c'est selon.
Il eût fallu souligner le rôle de"passeur" de Nikita Struve dont le rôle fut capital dans l'introduction des oeuvres de Soljénitsyne en France : interprète de Soljénitsyne (au propre – il est chargé du récollement des feuilles du manuscrit des œuvres de Soljénitsyne comme L’Archipel du Goulag sorti clandestinement d’URSS - comme au figuré - il remplace l'écrivain "empêché" jusqu'en 1975 -) lors des émissions précédentes (en son absence : Italiques du 11 janvier 1974, Ouvrez les guillemets du 26 juin 1974) il assure ici la traduction de l'émission en voix "off".

c/ La postérité d’ Apostrophes .

Avec la pâtine du temps, certains jugements historiques de Soljénitsyne ont fait preuve de leur acuité : justesse et légitimité du combat de Lech Walesa, forte espérance d’un retour en Russie pour ses enfants et lui, analyse du caractère transitoire du régime en proie à ses fragilités internes, tandis que d’autres : prégnance du religieux et la grandeur russe – soutien aux deux guerres russes contre la Tchétchénie –, renvoient au paradoxe russe, tiraillé entre l’Asie et l’Europe, entre mers froides et débouchés sur les mers chaudes, entre libéralisme politique et tentations autoritaires.

Un Apostrophes magnifique donc, malgré une tentation au reportage-paysage familial et une apologie pour l'Amérique qui culmine avec l'émission "Deux philosophes aux Etats-Unis : Michel Serres et René Girard" diffusée le 21 juillet 1989, une fascination de Pivot qui exclut tout regard critique (mais une explication assez fine de la variation des techniques littéraires utilisées : flash-back, variation de la 1ère à la 3ème personne, inserts, zooms...). Cette émission est plébiscitée par une audience considérable en France et un succès commercial à l’étranger (il s’agit de l’émission de la collection Apostrophes la plus réclamée par les chaînes de télévision étrangères « RFA, Danemark, Corée, Autriche l’ont achetée et aussi la Suède, un pays qui aimerait bien lancer une émission semblable et cherche son Pivot » [extrait d'un article du quotidien La Croix paru en 1985).
Hier soir, l'audience d' Apostrophes a été la plus faible de toute son histoire avec 464 000 téléspectateurs (soit 4,9 % de la part de marché, i.e le public devant son poste de télévision à cette heure-là). Les Mânes de Bernard Pivot ayant déserté le petit écran, était-ce un signe ? On peut donc regretter l’absence de présentation initiale et de réelle publicité faite à un tel événement ou plus prosaïquement souligner la perte de prestige du personnage social incarné par le « grand écrivain » dans la France contemporaine.

condorcet

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